18 mars, 2008...5:54

Le génocide culturel du Tibet

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Alors que le gouvernement américain vient de retirer la Chine de sa liste des pires violateurs des droits de l’Homme, le Tibet se voit une fois de plus muselé et colonisé par l’oppression chinoise suite aux manifestations commémorant l’anniversaire de la fuite du Dalai-Lama.

Les Jeux Olympiques qui vont se dérouler dans 5 mois en Chine sont une représentation parfaite du monde dans lequel nous vivons. C’est en réalité une pièce de théâtre extraordinaire à observer, tant à un niveau collectif qu‘individuel.

Certes si bon nombre de personnes ne cautionnent pas les agissements de la Chine, on peut voir dans l’exercice des superpuissances qui orchestrent cette supercherie, des représentations de nos propres comportements. Ce cynisme et cette avidité économique peuvent nous ramener à notre propre cynisme et à notre propre avidité si nous faisons preuve d‘observation envers nous-mêmes.

La confusion du monde actuel n’est que le pâle reflet de la confusion du peuple. Un peuple drogué de débilités télévisuelles et culturelles, un peuple manipulable et docile qui attend patiemment sa pitance parsemée de quelque gouttes de ciguë.

Les prises de position du dalaï-lama sont regrettables et manquent de pertinence. Pour ma part, cela fait bien longtemps que j’ai compris qu’il n’était pas à la hauteur de la situation qui l’accable. Quant à ses écrits pitoyables de débilités, je ne peux que douter de sa qualité de « maître spirituel ».

N’ayez crainte braves gens, d’ici quelques mois nous aurons oublié la situation tibétaine. Nos sportifs vont nous gaver de ce que nous adorons : le divertissement, l’anesthésie mentale, la compétition, la loi du plus fort et du plus performant, le nationalisme… Nous allons pouvoir nous gargariser de nous-mêmes en sirotant une bonne bière devant notre écran plasma géant rempli de retardateurs de flamme bromés en soutenant nos sportifs au sang pollué qui n’auront pas manqué d’emmener avec eux leur « valise à médicaments » remplie à ras bord…

Certains crient à la Révolution. Vous avez déjà vu des veaux se révolter ? Et puisqu’une révolution collective n’est plus possible il ne reste qu’une seule issue : la Révolution intérieure ! Cette confusion, fruit du désinvestissement et de la démission de soi des individus pour s’en remettre à une autorité, étant telle qu’un retour à la clarté et à la véritable compréhension de choses ne peut passer que par un réinvestissement affranchi de toute autorité de sa propre personne. On peut toujours rêver !

Voici une vidéo de Bjork qui lors de son concert le 2 mars à Shanghai a soutenu ouvertement le Tibet sur la chanson « To declare indépendance » destinée à la base aux îles Féroé et au Groenland. Les artistes talentueux et engagés existent encore mais ils sont de plus en plus rares !

Je vous propose de lire cet article tiré du site rue 89 :

A quelques mois des JO, pourquoi le Tibet se révolte
Par Pierre Haski (Rue89) 21H57 14/03/2008

Manifestation devant le consulat de Chine à New York (Chip East/Reuters).

Le sang a coulé à Lhassa, la capitale du Tibet: dix morts officiellement, cent selon les Tibétains en exil. A quelques mois des Jeux olympiques de Pékin, le Tibet et à travers lui la question des droits de l’homme, se trouvent propulsés à la “une” des journaux du monde entier -sauf en Chine où c’est la réélection du président Hu Jintao qui fait les gros titres, les événements de Lhassa étant minimisés.

Que se passe-t-il au Tibet? Pourquoi ce mouvement? Quelles conséquences aura-t-il sur les JO? Etat des lieux en quatre questions.

Un peu d’histoire. Le Tibet est-il “chinois”? Pour le gouvernement chinois, évidemment, l’affaire est entendue: le Tibet est rattaché à l’empire chinois depuis la dynastie des Yuan au XIII° siècle, et, physiquement depuis la “réunification pacifique” de 1950 à la République populaire décrétée par Mao Zedong l’année précédente. Il existe même, à Lhassa, un magnifique musée moderne dont le seul but est d’accréditer cette thèse.

Du point de vue tibétain, et tout simpement historique, l’affaire est plus complexe. Le Tibet a été lui-même un empire puissant au VII° siècle, qui a connu des relations fluctuantes avec son immense voisin chinois. Les deux empires ont même entretenu des relations diplomatiques, ce qui ne fait pas du Tibet un vassal. De plus, à certaines époques, Lhassa a pu avoir l’ascendant spirituel, et Pékin l’ascendant politique et militaire.

L’histoire moderne est tout aussi ambiguë. Au début du XX° siècle, le Tibet avait pris le large, et vivait reclus dans ses montagnes himalayennes, sous une implacable théocratie qui pratiquait le servage et l’obscurantisme. Mais ce Tibet avait beau être détaché de la Chine, il n’était pas reconnu par le reste du monde comme un Etat indépendant, ce qui explique qu’aujourd’hui, aucun pays ne soutienne le principe d’une indépendance tibétaine.

En 1950, l’armée de Mao monta à l’assaut du Tibet, mais aussi du Xinjiang, cette autre “marche” de l’empire, à l’ouest, dont l’histoire est aussi faite de liens historiques ambivalents. La “réunification pacifique” fut une conquête militaire particulièrement facile, opposant l’armée communiste d’un véritable Etat, à un royaume ermite dont la première action de défense fut de doubler le temps de prière dans les monastères (selon le formidable témoignage de Robert Ford, un opérateur radio travaillant pour le gouvernement de Lhassa, et qui fut capturé par l’armée chinoise).

Ce retour du Tibet à cette “mère patrie” inflexible, s’accompagna d’une promesse d’autonomie: aujourd’hui encore, la province s’appelle “région autonome du Tibet”, ne recouvrant d’ailleurs qu’une partie du Tibet historique, à cheval sur le Sichuan, le Yunnan et le Qinghai actuels. Le Traité de 1951 signé par le dalai lama souligne en préambule que “le peuple tibétain a une longue histoire dans le cadre des frontières de la Chine”, pour ajouter aussitôt que:

“Le peuple tibétain doit s’unir et expulser du Tibet les forces impérialistes agressives. Le peuple tibétain rejoindra la grande famille de la patrie: la République populaire de Chine. (…) le peuple tibétain jouira de l’autonomie régionale sous la direction du gouvernement central du peuple. (…) Les autorités centrales ne modifieront pas le régime politique du Tibet. Elles ne changeront rien à la situation, aux fonctions et aux pouvoirs du dalaï lama”.

En 1959, toutefois, le XIV° dalai lama, “réincarnation” d’une longue lignée de souverains tibétains, estima que Pékin ne respectait pas cette autonomie promise, et s’enfuit en Inde où il se trouve toujours 49 ans plus tard. Depuis, Pékin a pris le contrôle absolu du Tibet.

Libération, ou occupation? Si on écoute Pékin, la Chine a libéré le Tibet du servage et de l’oppression théocratique, et a apporté la modernité. Pas entièrement faux, évidemment, vu le poids économique des monastères dans l’ancien régime, l’état de servage de la paysannerie, et l’absence d’institutions modernes. La Chine a beau jeu de montrer aujourd’hui des écoles, des réseaux de télécoms, et même une salle de bourse à Lhassa, symboles de la modernité chinoise d’aujourd’hui.

Les Tibétains ne nient pas cette évolution, et le dalaï lama, de son exil indien, ne réclame pas l’indépendance, soulignant que le Tibet misérable n’aurait guère les moyens de son développement sans le soutien de Pékin… Mais ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est aussi la survie de la culture et de l’identité tibétaines dans un monde chinois qui agit comme un rouleau compresseur. A la fois par la contrainte, mais aussi par le pouvoir de l’argent, qui corrompt sur son passage des pans entiers de la société tibétaine, autrefois traditionnaliste et puritaine, contaminée, à l’image du reste de la Chine, par le matérialisme le plus cru.

La culture tibétaine est aujourd’hui menacée de reste l’apanage de la religion et de traditions folklorisées à destination du tourisme, tant chinois qu’international. Car ce n’est pas le moindre paradoxe de cette situation que le Tibet est une destination prisée des touristes chinois en quête d’exotisme et, parfois, de spiritualité.

C’est aussi la destination des affairistes, dont l’arrivée au Tibet est désormais facilitée par la construction du premier chemin de fer entre le Qinghai et Lhassa, un tour de force dans cette région montagneuse et sismique, mais une nouvelle menace sur le fragile écosystème tibétain. Avec seulement 2,5 millions de Tibétains dans la région dite autonome, le risque de déséquilibre démographique est évident, avec cette seule réserve que les immigrants chinois Han détestent l’altitude et ne viennent pas au Tibet pour y faire leur vie…

Cette normalisation s’accompagne d’une prise de contrôle sans cesse plus étroite du clergé bouddhiste, dans la perspective de la disparition dans les prochaines années de l’actuel dalaï lama, qui est agé de 72 ans et a eu quelques problèmes de santé. Pékin a montré sa volonté de contrôler la nomination des dignitaires bouddhistes avec l’affaire de la “réincarnation” du X° panchen lama, le deuxième personnage du bouddhisme tibétain. Lorsque, en 1995, le dalaï lama a personnellement confirmé un enfant, Guendun Tcheukyi Nyima, comme XI° panchen lama, les autorités chinoises l’ont arrêté, et nul ne l’a plus jamais revu. Il est le plus jeune prisonnier politique au monde.

A sa place, Pékin a fait choisir un autre enfant tibétain, Gyantsen Norpo, comme panchen lama à sa place, manipulant ainsi un processus de désignation interne au bouddhisme tibétain. Reconnu par le gouvernement central, il a droit à tous les honneurs, et Pékin tente de l’imposer aux Tibétains. Tout porte à croire qu’à la mort du dalaï lama, il agira de la sorte pour brouiller les pistes, et imposer un homme de son choix comme chef spirituel des Tibétains, et enterrer à jamais l’autonomie spirituelle et politique des Tibétains.

Qui manifeste à Lhassa? La période a débuté avec des manifestations de Tibétains en exil, en Inde et au Népal, pour commémorer comme chaque année l’anniversaire de la fuite du dalaï lama. Puis, ce dernier a prononcé un grand discours, lundi dernier, jour anniversaire de sa fuite 49 ans plus tôt, dans lequel il a haussé le ton vis-à-vis de Pékin. Il a accusé la Chine de mener au Tibet une “répression continue”, et de se livrer à “des violations énormes et inimaginables des droits de l’homme”.

“La clique
du dalaï lama”

L’agence officielle Chine nouvelle a rompu son silence samedi, confirmant qu’il y a eu “plusieurs victimes” vendredi à Lhassa et dans d’autre villes du Tibet. Selon le China daily, il y aurait dix morts.

Mais le gouvernement tibétain en exil parle pour sa part de “cent morts”, citant un chiffre “non confirmé” Pour Lhassa, ces émeutes sont “préméditées, planifiées et organisées par la clique du dalaï lama”. L’agence cite un témoin faisant état d’attaques contre des Chinois Han par de jeunes émeutiers tibétains, et parle d’importantes destructions dans la ville. La loi martiale aurait été décrétée au Tibet et les autorités ont lancé à la télévision un appel aux “émeutiers” à “se rendre”, promettant la clémence à ceux qui le feraient.

Tenzing Gyatso, 72 ans, XIV° dalaï-lama et Prix Nobel de la paix 1989, se sent sans doute en mesure de parler plus fort en raison de la conjoncture politique et diplomatique. Il y a quelques mois, il était reçu par George Bush à la Maison Blanche, et par Angela Merkel à Berlin, au grand dam de Pékin. C’était une grande première, car recevoir le dalaï lama, c’est agiter le chiffon rouge en face de Pékin. De surcroit, l’approche des JO de Pékin, en août, ouvre une fenêtre d’opportunité pour se faire entendre sur la scène internationale, et peser sur un débat qu’on sent monter sur les droits de l’homme en Chine et la grand’ messe du Parti à l’occasion de cette manifestation sportive.

Evenement concerté ou pas, l’appel du dalaï lama a été suivi de manifestations de moines bouddhistes à Lhassa et dans plusieurs monastères tibétains, réprimées dans le sang par les forces de l’ordre chinoises. On parle de victimes et les témoignages (notamment sur la BBC) parlent d’au moins deux morts. Cela fait des années que des événements aussi graves ne se sont pas produits au Tibet.

Quelles conséquences? Il est clair que ces événements vont peser sur le climat des Jeux olympiques. Le Tibet bénéficie d’une caisse de résonnance puissante aux Etats-Unis, et en particulier à Hollywood. On a vu la manière dont Steven Spielberg a été contraint de se retirer de l’organisation de la cérémonie d’ouverture des JO à cause du rôle de la Chine au Soudan et au Darfour. On imagine l’agitation des mêmes milieux sur le Tibet.

Il y a quelques jours, aussi, la chanteuse islandaise Bjork avait fait scandale en Chine en réclamant la liberté pour le Tibet à l’issue d’un concert à Shanghaï. De quoi faire sérieusement paniquer les autorités chinoises sur l’ampleur des manifestations incontrôlées qui pourraient avoir lieu pendant cette année de tous les dangers olympiques.

Sur le plan diplomatique, tout dépendra de l’ampleur des événements du Tibet. Si Pékin parvient à remettre rapidement le couvercle, les grandes capitales protesteront tout en exprimant un lâche soupir de soulagement de ne pas avoir à agir. Si la situation s’aggrave et prend des proportions “birmanes”, il sera difficile de rester les bras croisés. Tout en voyant très mal quoi faire face à un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, puissance économique qui attire les convoitises, et au poids politique croissant sur la planète.

Dans cette belle mécanique planétaire qui avançait vers cette échéance des JO, le petit grain de sable tibétain s’est glissé dans les rouages.

Source : rue 89

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